Discret, presque effacé des récits officiels, le Centre InterAfricain de Développement (CID) a pourtant pesé, dans les années 1970 et 1980, sur plusieurs trajectoires économiques en Afrique. De grands projets d’infrastructures aux interventions d’urgence, son empreinte s’étend du Gabon à la République démocratique du Congo, en passant par République du Congo, Madagascar et la Belgique, entre ambitions de développement et héritages parfois controversés.
Un acteur financier panafricain et transcontinental
À une époque où de nombreux États africains cherchaient à structurer leurs économies dans un contexte de fragilité monétaire, le CID s’est positionné comme un partenaire financier stratégique.
Implanté à Libreville, au Gabon, il développe rapidement un ancrage international, notamment en Belgique à travers SEMABES SA, une centrale d’achats groupés destinée aux administrations publiques gabonaises. Le CID y occupe une position dominante en tant qu’actionnaire majoritaire et président du conseil d’administration.
Cette présence en Europe illustre sa capacité à mobiliser des ressources extérieures pour répondre aux besoins urgents des États africains.
Au Gabon : le pari des infrastructures
C’est au Gabon que le CID signe l’une de ses interventions les plus emblématiques avec le financement du chemin de fer Transgabonais, réalisé entre 1973 et 1985. Cette infrastructure stratégique permet le désenclavement de vastes zones et facilite l’exploitation des ressources naturelles.
Dans cette dynamique, le CID participe également à la structuration d’un tissu industriel local à travers des entreprises comme COGAMO SA, GABETON SA impliquée notamment dans la construction de l’hôtel Sheraton Rendama à Libreville ainsi que SEMABES SA.
À Madagascar : un projet touristique fragilisé
À Madagascar, le CID mise sur le développement touristique avec la création de la Société Malgache de Développement Touristique et Hôtelier (SMDTH), dont il devient l’actionnaire majoritaire.
Cependant, l’instabilité politique du pays compromet rapidement ce projet ambitieux. Le retrait du CID met en évidence les risques liés aux environnements économiques et politiques instables.
En République du Congo : des interventions en appui économique
En République du Congo, le CID intervient également dans un contexte économique marqué par des tensions financières et des besoins en approvisionnement.
À travers ses mécanismes de financement et ses circuits d’importation, il contribue à soutenir certaines activités économiques, notamment en lien avec l’approvisionnement en produits stratégiques comme le sucre, participant ainsi à stabiliser temporairement des segments du marché sous pression.
En République démocratique du Congo : interventions en période de crise
C’est en République démocratique du Congo que le CID déploie certaines de ses actions les plus significatives, dans un contexte marqué par une grave pénurie de devises.
Soutien agro-industriel
Le CID finance la reconstitution d’un stock de 2.000 tonnes de sucre blanc pour la société SUCO SA, avec des livraisons provenant de la Société Sucrière du Haut-Ogoué (Gabon).
Dans le même temps, pour soutenir les brasseries Bracongo et Bralima, confrontées à une pénurie d’intrants, il finance l’importation de 650 tonnes de sucre. Une intervention décisive à une époque où les banques locales manquaient cruellement de devises.
Appui aux entreprises publiques
Sous la supervision du Conseil Supérieur du Portefeuille, le CID finance plusieurs entreprises publiques congolaises, notamment ONATRA, FORESCOM, EXFORKA et AGRIFOR.
Ces financements permettent la fourniture de 62.500 tonnes de traverses en bois destinées au Gabon. Toutefois, cette opération engendre une dette importante à charge du Trésor public congolais, dont le remboursement reste, en partie, en suspens.
Énergie et infrastructures
Le secteur énergétique bénéficie également de l’appui du CID. La SNEL reçoit un financement pour l’importation de câbles électriques, sous la direction de Max Munga, via la Banque du Peuple.
Par ailleurs, une filiale du CID spécialisée dans la logistique et le transport multimodal s’associe à la Banque mondiale pour provisionner le contrat relatif à la construction de la ligne haute tension Inga–Shaba, un projet majeur pour l’approvisionnement énergétique du pays.
Entre financement stratégique et dette publique
Si les interventions du CID ont permis de soutenir des secteurs vitaux et d’éviter des arrêts brutaux d’activités économiques, elles ont également généré des engagements financiers lourds.
La défaillance de certaines entreprises publiques bénéficiaires a conduit l’État congolais à reprendre à sa charge plusieurs dettes, transformant ces financements en créances publiques parfois litigieuses.
Des dossiers comme celui de KILO-MOTO (aujourd’hui SOKIMO) illustrent ces contentieux hérités des années 1980.
Un héritage entre ambition et fragilité
Le parcours du CID met en lumière les paradoxes du développement économique en Afrique :
- des investissements structurants et parfois décisifs
- mais aussi des fragilités liées à la gouvernance
- une dépendance aux financements extérieurs
- et une gestion parfois opaque des engagements
Relire le passé pour éclairer l’avenir
À l’heure où la souveraineté économique, la gestion de la dette et l’investissement local occupent une place centrale dans les débats en République démocratique du Congo et sur l’ensemble du continent, l’histoire du CID apparaît d’une actualité frappante.
Elle rappelle une évidence :malgré les contraintes, rien n’empêche les Africains d’investir dans leurs propres économies.
Mais elle souligne aussi une exigence essentielle :transparence, rigueur et responsabilité doivent accompagner toute ambition de développement.
Une mémoire économique à revisiter, pour mieux comprendre les choix d’hier et construire ceux de demain.


