DOSSIER SPÉCIAL/ SOUVERAIN PRIMAIRE.NET
Par Placide MANKOTO
Éducation, santé, accès à l’eau potable, agriculture, pisciculture et protection des forêts : le projet REDD+ Maï-Ndombe, mis en œuvre par ERA Congo, s’appuie sur les revenus issus des crédits carbone pour financer plusieurs actions au bénéfice des communautés locales.
Maï-Ndombe , Dans une province où la forêt constitue à la fois un patrimoine écologique majeur et une source de subsistance pour de nombreuses familles, la recherche d’un équilibre entre conservation et développement représente un enjeu essentiel.
C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet REDD+ Maï-Ndombe, mis en œuvre par ERA Congo, filiale de Wildlife Works Carbon, sur une concession forestière d’environ 300.000 hectares. Le projet vise notamment à réduire la déforestation tout en générant des ressources destinées à soutenir des initiatives communautaires.
À la direction d’ERA Congo en République démocratique du Congo, le professeur Jean-Robert Bwangoy défend une approche fondée sur la complémentarité entre protection de l’environnement et amélioration des conditions de vie des populations.
27 écoles construites dans plusieurs villages
L’éducation figure parmi les principaux domaines d’intervention.


En juillet 2024, une école construite à Inunu figurait notamment parmi les infrastructures présentées aux autorités lors d’une visite du projet.
L’appui à l’éducation ne se limite pas aux bâtiments. En 2024, 1.798 élèves ont bénéficié de la prise en charge des frais liés à l’Examen d’État, contre 1.511 en 2023. ERA Congo déclarait également prendre en charge 1.215 enseignants de 130 écoles primaires et secondaires situées dans sa concession.
Le dispositif comprend également des bourses universitaires. Les informations présentées par le professeur Bwangoy faisaient état de 19 boursiers, tandis que dix étudiants avaient été sélectionnés pour poursuivre leurs études aux États-Unis.
Ikita : l’école comme outil de rapprochement
Le village d’Ikita offre un exemple particulier.
Selon un témoignage recueilli par l’ACP, l’école locale accueille également des enfants venant de Lokanga, village voisin. Des enfants issus de communautés différentes se retrouvent ainsi dans le même établissement et sur les mêmes bancs, une évolution présentée par les habitants comme une contribution à la réduction de certaines discriminations.
Cette expérience illustre la dimension sociale que peut prendre une infrastructure scolaire dans les zones rurales.
Santé : des infrastructures plus proches des populations
Dans le secteur de la santé, deux centres de santé modernes ont été construits à Ibali et Bamboka.
À Ibali, l’établissement accueille également des patients provenant des villages environnants. Des cliniques mobiles sont par ailleurs organisées lors de certaines situations épidémiques, notamment pour la rougeole et le monkeypox.
À Kesenge, une intervention sanitaire menée lors d’une épidémie de rougeole a permis la prise en charge de plus de 800 enfants, selon les données communiquées par le projet et reprises par les médias.
30 forages dans environ 27 villages
L’accès à l’eau potable constitue un autre volet important.
Les informations disponibles font état de 30 forages construits dans environ 27 villages, avec notamment des systèmes de pompage alimentés par l’énergie solaire. Ces infrastructures ont pour objectif d’améliorer l’accès à l’eau potable et de contribuer à la lutte contre les maladies hydriques.
Les sources disponibles ne donnent toutefois pas une liste exhaustive des 27 villages concernés. SouverainPrimaire.net retient donc ici le chiffre documenté sans attribuer artificiellement un forage à chaque localité.
Agriculture : améliorer les rendements tout en protégeant la forêt
La conservation forestière passe également par l’amélioration des moyens de subsistance.
Le projet accompagne les communautés dans l’intensification agricole, notamment grâce à des variétés améliorées et à la formation de compétences locales. Selon le professeur Bwangoy, certaines variétés de manioc introduites dans le cadre du projet ont permis d’améliorer les rendements de six à dix fois dans certaines expérimentations. Le projet a également annoncé la formation de deux agronomes locaux par village.
L’objectif est de permettre aux agriculteurs de produire davantage sur les espaces déjà exploités et ainsi de réduire la pression exercée sur les zones forestières.
Pisciculture : une alternative à la pression sur les ressources halieutiques
La pisciculture constitue un autre axe de diversification.
Les données présentées par ERA Congo font état de 25 étangs piscicoles aménagés dans trois villages, ainsi que d’expériences de cages flottantes destinées à développer l’élevage des poissons.
Le projet cherche ainsi à offrir aux populations une activité complémentaire face aux difficultés rencontrées dans certaines zones de pêche du lac Maï-Ndombe.
L’élevage et l’apiculture font également partie des activités destinées à diversifier les sources de revenus des communautés.
Loombe, un exemple d’approche intégrée
Le village de Loombe illustre cette diversification.
Des informations recueillies sur le terrain font état d’une école, d’activités piscicoles et d’initiatives agricoles et d’élevage. Un rapport de suivi environnemental et social mentionne notamment neuf étangs piscicoles, une porcherie, une palmeraie et une pépinière de papayers dans cette localité.
Loombe apparaît ainsi comme l’un des exemples permettant d’observer la combinaison entre infrastructures sociales et activités économiques locales.
Des crédits carbone aux investissements communautaires
Le mécanisme qui finance une partie de ces réalisations repose sur les crédits carbone.
Le principe du projet REDD+ consiste à valoriser les efforts réalisés pour réduire la déforestation et les émissions liées à la dégradation des forêts. Les revenus générés permettent ensuite de financer différentes interventions, notamment dans les secteurs sociaux et économiques.
En 2024, ERA Congo indiquait que plus de 20 millions de tonnes de crédits carbone avaient été vendues sur le marché international, sur un volume de plus de 22 millions de tonnes vérifiées.
Le modèle prévoit également une part destinée aux communautés locales. Les données communiquées par ERA Congo et reprises par plusieurs médias font état de 25 % des revenus destinés aux communautés dans le cadre du mécanisme de partage des bénéfices.
Une dynamique qui se poursuit
En 2025, le professeur Jean-Robert Bwangoy a présenté de nouveaux résultats du projet lors de la COP30 à Belém, au Brésil.
Selon les données qu’il a communiquées, le projet REDD+ Maï-Ndombe aurait contribué à une réduction de la déforestation nette pouvant atteindre 4.200 hectares par an sur l’ensemble de la concession. Il a également évoqué des zones de savane ayant fait l’objet d’actions de régénération et de reboisement.
Ces résultats s’ajoutent aux réalisations sociales déjà enregistrées dans plusieurs villages de la concession.
Une vision fondée sur le partenariat
Pour le professeur Jean-Robert Bwangoy, le développement de la RDC ne peut reposer uniquement sur les pouvoirs publics. Il défend une logique de partenariat public-privé, dans laquelle les différents acteurs contribuent aux efforts de développement.
Dans le cas du Maï-Ndombe, cette vision se traduit par une tentative de créer un lien entre conservation des forêts, valorisation du carbone et amélioration des conditions de vie.
Écoles, centres de santé, forages, appui aux enseignants et aux élèves, agriculture améliorée, pisciculture, élevage et autres activités génératrices de revenus constituent ainsi différents volets d’une même approche.
Une expérience à suivre
Après plus d’une décennie d’activités dans le Maï-Ndombe, le projet REDD+ porté par ERA Congo constitue une expérience importante dans le débat sur la conservation des forêts du bassin du Congo et le financement du développement local.
Pour le professeur Jean-Robert Bwangoy, l’enjeu consiste désormais à consolider les acquis, à renforcer les retombées pour les communautés et à poursuivre les efforts visant à faire de la conservation de la forêt une opportunité réelle pour les populations qui en dépendent.
SouverainPrimaire.net continuera à documenter les réalisations et les initiatives qui participent au développement du Maï-Ndombe, en accordant une attention particulière aux résultats observables sur le terrain et à la voix des communautés bénéficiaires.
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